Pré diabète : 1,10 à 1,25 g/L de glycémie à jeun, ce que cela change vraiment
Publié par : Éloïse Maréchal-Labrousse — Rédactrice spécialisée en santé
Une prise de sang qui revient avec une glycémie « un peu élevée », sans que le médecin parle de diabète : c’est le scénario typique du pré diabète. Il désigne une glycémie supérieure à la normale mais encore inférieure au seuil du diabète de type 2. Il ne provoque le plus souvent aucun symptôme, il n’est pas une fatalité, et c’est précisément le moment où l’on peut encore agir efficacement.
Pré diabète : ce qui se passe dans l’organisme
Après un repas, le glucose passe dans le sang et le pancréas libère de l’insuline, qui permet aux cellules du foie, des muscles et du tissu graisseux de l’utiliser. Dans le prédiabète, ces cellules répondent moins bien : c’est l’insulinorésistance. Pour compenser, le pancréas, et plus précisément ses îlots de Langerhans, produit davantage d’insuline. Tant que cette compensation fonctionne, la glycémie reste modérément élevée.

Avec le temps, le pancréas peut s’épuiser, et c’est ce glissement progressif qui conduit au diabète de type 2. Les médecins parlent d’hyperglycémie intermédiaire et distinguent deux formes, qui peuvent coexister :
- l’hyperglycémie modérée à jeun (IFG ou HMJ), repérée sur une glycémie mesurée à jeun ;
- l’intolérance au glucose (IGT), repérée deux heures après une charge orale de glucose.
La présence simultanée des deux correspond au niveau de risque le plus élevé.
Les valeurs de glycémie à connaître
Un tableau pour se repérer
Les seuils exprimés en g/L ou en mmol/L varient parfois dans leur formulation d’une source à l’autre. Voici les repères utilisés pour la glycémie à jeun (après 8 heures de jeûne) et pour la glycémie deux heures après l’ingestion de 75 g de glucose.

| Situation | Glycémie à jeun | 2 h après 75 g de glucose |
|---|---|---|
| Normale | Moins de 1,10 g/L | Moins de 1,40 g/L |
| Prédiabète | 1,10 à 1,25 g/L (6,1 à 7 mmol/L) | 1,40 à 2 g/L (7,8 à 11,1 mmol/L) |
| Diabète | 1,26 g/L et plus | 2 g/L et plus |
Quel examen pour quoi ?
La glycémie à jeun est l’examen le plus simple : une prise de sang en laboratoire le matin, sans avoir mangé depuis 8 heures. Le test oral de tolérance au glucose demande de boire 75 g de glucose, puis de refaire un prélèvement deux heures plus tard ; il révèle l’intolérance au glucose, que la glycémie à jeun peut laisser passer. L’hémoglobine glyquée est également citée comme méthode de dépistage. Un résultat anormal peut nécessiter une confirmation par une seconde prise de sang : une valeur isolée ne suffit pas à poser un diagnostic.
Le prédiabète mène-t-il forcément au diabète ?
Non, et c’est la nuance la plus rassurante du sujet. Selon une source citée, 50 à 70 % des personnes concernées ne seraient pas diabétiques dans les 5 ans, et 30 % ne le seraient toujours pas 30 ans plus tard. À titre de comparaison, le risque annuel de devenir diabétique est de 0,7 % par an chez une personne à glycémie normale, contre environ 5 à 10 % par an en cas d’hyperglycémie à jeun ou d’intolérance au glucose.
Dépistage du diabète de type 2 : la HAS révise ses critères d’entrée — La note de cadrage de la HAS présente la démarche d’actualisation de la recommandation de 2003 sur les critères d’entrée dans le dépistage du diabète de type 2.
Chez les personnes âgées, une étude rapporte que 30 % des participants sont devenus diabétiques ou sont décédés sur 12 ans : l’âge et l’état de santé général pèsent donc sur le pronostic. Le prédiabète s’accompagne aussi d’un risque cardiovasculaire accru (maladie cardiaque, accident vasculaire cérébral), d’où l’intérêt de surveiller en parallèle la tension et le cholestérol LDL.
Une image aide à comprendre : une toile tendue entre deux poteaux supporte une charge sans bouger, puis finit par se détendre si la charge augmente chaque jour. Le pancréas fonctionne de la même façon : il compense longtemps, sans bruit, jusqu’à un seuil de fatigue. Un prédiabète détecté tôt, c’est une toile que l’on décharge avant qu’elle ne se déforme, ce qui explique pourquoi le simple fait d’alléger la demande en insuline (moins de poids, plus de mouvement) a un effet mesurable.
Qui est concerné et quand se faire dépister ?
Les facteurs de risque
Le prédiabète est multifactoriel. Les éléments qui augmentent le risque sont :
- le surpoids ou l’obésité, en particulier avec un tour de taille élevé ;
- la sédentarité et une alimentation déséquilibrée ;
- l’âge, avec une prévalence de 13,5 % chez les 55-69 ans ;
- des antécédents familiaux de diabète ;
- l’hypertension artérielle ;
- un diabète gestationnel ou un bébé de plus de 4,1 kg à la naissance.
En France, la prévalence a été estimée à 7,4 % en 2013, avec 11 % chez les hommes et 3,9 % chez les femmes dans la cohorte citée. Dans le monde, l’IDF évoque 635 millions d’adultes avec une intolérance au glucose et 488 millions avec une glycémie à jeun altérée.
Symptômes et moment de consulter
Le prédiabète est le plus souvent silencieux, ce qui rend le dépistage indispensable. Diabète Québec recommande un dépistage tous les 3 ans à partir de 40 ans, et plus tôt en présence de facteurs de risque. Parlez-en à votre médecin traitant si plusieurs facteurs s’additionnent. Des scores cliniques, comme le Diabetes Risk Score, aident à estimer le risque : un score compris entre 13 et 20 est associé à un risque de 32,7 % à 10 ans.
Agir : les leviers qui réduisent vraiment le risque
Bouger et perdre du poids
L’activité physique est le premier levier : elle est associée à une réduction de 30 à 50 % du risque de diabète de type 2. L’objectif habituel est d’au moins 150 minutes d’activité modérée par semaine, soit par exemple 30 minutes par jour, et même une activité de faible intensité est bénéfique. Chez les personnes en surpoids, viser une perte d’au moins 7 % du poids est l’objectif retenu. Dans l’étude PREVIEW, la perte de poids moyenne de 8 % s’est accompagnée d’un diabète incident ramené à 4 % dans le groupe ayant modifié son mode de vie. Selon Diabète Québec, les changements d’habitudes de vie réduisent le risque de près de 60 %.
Alimentation et arrêt du tabac
Une alimentation équilibrée, de type méditerranéen, avec une réduction calorique si le poids l’exige, soutient la baisse de la glycémie. L’arrêt du tabac s’ajoute à ces mesures, notamment pour limiter le risque cardiovasculaire associé. Un diététicien ou un médecin peut aider à adapter ces conseils à votre quotidien, car ce sont la régularité et le suivi qui font tenir les changements dans la durée.
Grossesse et suivi
Après un diabète gestationnel, une surveillance glycémique prolongée est nécessaire, car le risque de diabète de type 2 reste plus élevé. Dans tous les cas, un contrôle biologique régulier permet de voir si la glycémie se stabilise, remonte ou revient à la normale.
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